en frôlant d’un doigt le milieu d’une corde
tout en la jouant de l’autre main,
le fuseau est partagé en 2
& sonne l'octave de la note fondamentale.

de même en le divisant par 3,
il donne la quinte supérieure.
Les harmoniques naturelles apparaissent
à chaque division de la vibration de la corde par un nombre entier.

les harpions
timbre & ampli accoustique
,

ces chevilles cylindriques maintiennent les cordes à leur base, sur la table, & travaillent aussi doucement & fermement que des chevilles d'accord. Elles portent un doigt, habituellement à l'équerre, qui tangente la corde sans raccourcir sa longueur vibrante, donc sans modifier sa note.

Le réglage se fait en impulsant la corde le plus doucement possible; le doigt du harpion fait naître une harmonique naturelle qui accompagne la vibration de la corde jusqu’à son apaisement.
Lorsqu’une seule corde est jouée, l’ébranlement par sympathie des autres cordes est suffisant pour faire sonner leurs harmoniques. L'effet rejoint celui des cordes sympathiques, comme pour les violes d'amour.

sonographes d'une corde en sol 98 hz, sans & avec le harpion

Lorsqu'elle est jouée, l’impulsion donnée à la corde augmente l’amplitude de son déplacement & lui fait heurter le doigt du harpion. Les chocs qui en résultent, augmentent le volume sonore & réduisent la durée de la vibration.
Lors du réglage, c'est juste avant l'apparition de cette percussion que naissent les harmoniques.

les harpions s'imposent avec la Renaissance

& sont omniprésents dans l'iconographie dès le début du 15s, même s'il est délicat de dicerner le lieu & l'époque de leur apparition.
Cependant, alors qu'un simple nœud suffit d'ordinaire pour assujetir les cordes, certaines harpes sont munies de boutons. Le renflement de la tête fait souvent friser la corde; défaut bien connu par les luthiers lors des réglages de sillet. Que cet effet ait été systématisé très tôt, puis caricaturé par les harpions...

Leur timbre incisif rompt avec les usages harmoniques de la Scolastique –comme les distortions de la guitare électrique, avec ceux du Conservatoire– & fait de la harpe le champion d'une conception sonore "propre" à la Renaissance.
C'est ce modèle que vont copier les clavicordes naissants.

Les instruments à cordes, tous conçus sur la même base, sont montés avec les mêmes cordes. Pour les tensions en usage, le fuseau est ample, l'effet harmonique très fort & les notes pulsées brèves & percutantes. L'amplification sonore permet de réduire les proportions de la caisse d'harmonie & donne à ces harpes une silhouette caractéristique.


Hans Memling, vers 1480.

La tessiture s'augmente de basses. Á l'apparition du continuo, l'esthétique sonore change & les harpions perdent progressivement leur fontion; les auteurs français du 17e s. mentionnent leur désaffection, mais leur usage perdure en allemagne pendant le 18e s. & est encore attesté (gwrachod) en 1820, comme ampli accoustique pour accompagner la dance music au pays de Galles.

par Françoise Johannel & Pascale Boquet, luth. extrait du "Chansonnier Nivelle de la Chaussée", 1992.
la falla

par Stefan Battige, extrait de "Reflections on a millenium of harps", 2005.
de Santa Maria sinal qual xe quer

par William Taylor, extrait de "Two Worlds of the Welsh Harp", 1997.
Caingc Dafydd Brophwyd/Cainc of David the Prophet

...

L'arpichordum: un instrument à sautereaux ou une virginale dans laquelle un jeu spécial de crochets en laiton placés sous les cordes produit un son de harpe.
- Prætorius, Syntagma Musica, chap. XLIII. Wolfenbuttel, 1619.

L'on remarquera qu'au lieu de crochets et harpions, quelques uns qui ne se plaisent pas au nazardement des cordes font mettre des boutons de buis, qui servent seulement pour retenir les cordes, afin qu'elles n'eschappent pas; au lieu que les harpions ont double usage, servant tant pour cella mesme que pour faire nazarder.
-
Pierre Trichet, Traité des Instruments de Musique. vers 1640.

It is not you that the perverse harp
Which makes the clattering noise upon the strings;
It is not it that has a confused tone
Like a Teillinn [bee] buzzing in the summer heat.
- poème irlandais, vers 1680.
traduction E. O'Curry, Manners and Customs of the Ancient Irish. London, 1873. Cité par Dimitri Boekhoorn, Thèse de Doctorat, p. 165. Rennes, 2008.

vers 1815, le réverend Tomas Price, Champion of Welsh arts, parle de son professeur de harpe : "old David Watkins played a good deal for dancing. The strings were fastened in the soundingboard with gwrachod, or angular pegs."
The action of this pins was nearly to touch the strings, producing a much louder, coarser sound than the subtle, swelling buzzing hum of the european variety. This tradition was to be crushed in 60 years by dissenters who regarded the harp as an instrument of Satan.
- Early Music, january 1980, p.61.